Sophie et Moulin

S’il y a bien un dicton équestre qui pourrait me définir, ça serait « cavalier un jour, cavalier toujours ! »

Cavalière depuis l’âge de 8 ans, je me souviendrais toujours de ma première heure de reprise, un certain mardi soir en Septembre 1993. Je montais un fjord prénommé Bounty. La reprise commence, je tente de trotter. Ce petit couillon part au galop, secoue la tête et lève les fesses. Bim. Je suis par terre. Entre deux grosses larmes, je hurle que je ne veux plus jamais remonter. Je m’ éloigne du centre équestre pendant quelques semaines mais n’arrête pas de parler « cheval » à mes parents. Ils décident alors de reprendre contact avec mon moniteur. Ils apprennent qu’il existe des cours de voltige équestre, discipline qui me permettrait de monter à cheval et de me dépenser physiquement tout en reprenant confiance en moi. Sans trop y croire, ils m’achètent une paire de chaussons de gym et m’inscrivent à un cours. Pour moi, ce premier cours sera une révélation. Au final, j’ai pratiqué la voltige pendant près de 10 ans. Vif Sonnenberg HN, mon cheval de voltige, restera sans aucun doute mon premier amour « chevalesque ».

A partir de 1995, j’ai commencé l’équitation traditionnelle. Dès le début, j’ai eu une très nette préférence pour le travail sur le plat puis, plus tard, pour le dressage, cette discipline où l’on recherche sans cesse la perfection du geste. Mais en club, c’est bien connu, on se doit de pratiquer à la fois de la mise en selle, du dressage mais également, de l’obstacle et de temps en temps du cross. J’étais jeune, j’étais inconsciente ;-) Galop 1, 2, 3…je progresse jusqu’au 6. J’ai l’occasion de monter à la fois les chevaux du club mais j’ai également la chance d’avoir des propriétaires qui me confient leurs chevaux 1 ou 2 fois par semaine contre bons soins. Alors que les chevaux de club me font découvrir les bases du dressage, ces chevaux me font découvrir les premières vraies sensations et le plaisir qui en découle.

2003, s’est avérée être l’année de la rupture. Un samedi après-midi, on me demande de monter une jeune jument à l’obstacle. Chaude, inexpérimentée … moi qui n’aime pas l’obstacle… forcément la mayonnaise n’allait pas prendre ! Premier saut : un petit vertical de 60 cm. Pas top, pas dans le mouvement, trop raide. Mon moniteur me demande de repasser. Le stress monte, la jument y va. Au planer, alors qu’elle part à gauche…. je pars à droite. Séparation des corps. Ma tête rebondie au sol (merci à ma bombe… vous comprendrez pourquoi je voue une animosité sévère aux cavalier(e)s préférant conserver leur brushing… plutôt que leur sécurité), mon pied reste coincé dans l’étrier sur deux foulées. Trou noir pendant quelques secondes. Je suis complètement sonnée, impossible de me relever. J’entends les gens s’afférer autour de moi. Quelqu’un appelle les pompiers. On me demande de ne surtout pas bouger. Ca tombe bien, rien ne bouge ! L’espace d’un instant, je ne sens plus mes jambes. Les pompiers arrivent, me mettent dans une coquille et c’est parti direction l’hôpital. Je me souviens encore d’un détail : dans le camion, je hurle au conducteur d’arrêter de rouler comme un cow-boy de la route. Le moindre virage, la moindre aspérité de la route ravive mes douleurs au dos. Je vous passe les détails de mon arrivée aux urgences. Le résultat de cette petite promenade de santé ? Un traumatisme crânien et des cervicales bien défoncées. La minerve devient pour un temps ma meilleure amie car elle calme mes douleurs.

Le temps passe. Je passe mon bac, je débute mes études. L’univers du cheval est désormais bien loin. Plus le temps, plus l’argent et surtout, plus l’envie.

Près de 6 ans après cette expérience, je ressens l’envie de remonter. Mon compagnon m’offre pour mon anniversaire des leçons au centre équestre du coin. Les premières leçons se passent à merveille car je monte ce qu’on appelle dans le jargon équestre « une assurance vie » qui ne bouge pas une oreille. Physiquement je suis crevée.
Mon corps est endolori par tant d’efforts lui que j’avais laissé presque à l’abandon depuis des années. Peu de temps après cette reprise, on me demande de monter des chevaux de plus en plus délicats, un peu chauds, avec peu d’expérience. Je ressens un stress avant de monter, lors de la reprise je ne me sens pas à l’aise et lorsque je mets un pied à terre, je souffle de soulagement. Au final, je me rends compte qu’il y a plus de stress que de plaisir. Ma reprise de l’équitation n’aura donc duré que quelques semaines.

3 ans plus tard, je termine enfin mes études. Un premier job dès ces dernières terminées. L’envie de remonter à cheval se fait de plus en plus sentir. Mais cette fois-ci, je veux que ça soit une réussite et surtout, une source d’épanouissement. Je croise le chemin d’une pur-sang de 5 ans qui me regarde timidement, au fond d’un box sombre. C’est le coup de foudre. Un vrai caractère de jument mais un cœur et une volonté énormes. Depuis quelques mois, toutes les semaines, entre patience, rigueur, récompenses mais aussi remise en question et recadrage, nous nous mettons l’une au service de l’autre. Elle me permet de pratiquer le sport que j’aime et pour elle, je suis son repère : celle vers qui, de temps entemps, on baisse l’encolure, on ferme les yeux et on se laisse aller. Je lui passe ses humeurs de juments, elle me passe mes petits ratés. On veille l’une sur l’autre avec bienveillance. Je crois qu’elle s’éclate. Ca tombe bien, moi aussi ! En un mot, on s’est bien trouvé !

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  • Le 20 octobre 2012 à 21:21